Mme DIALLO Houssainatou

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La DG de GuinéeTV1 à Kababachir.com: ‘’ Ce qui a manqué à la Guinée aux Jeux Olympiques…’’ (Interview)

De retour à Rio de Janeiro, où elle a assuré la couverture médiatique des jeux olympiques, notre consœur, Houssainatou Diallo s’est prêtée aux questions de Kababachir.com.

Dans cet entretien exclusif qu’elle a bien voulu accorder à votre quotidien électronique, la Directrice générale de Guinéetv1, parle de la mauvaise préparation de nos sportifs  et apporte quelques pistes solutions devant  favoriser le développement du sport guinéen. Lisez !

Kababachir.com : Bonjour Mme Diallo

Mme Houssainatou Diallo : Bonjour M. Barry

Vous rentrez fraîchement de Rio de Janeiro où vous avez assuré la couverture médiatique de la 31ème édition des Jeux Olympiques. Quelle leçon tirez-vous de votre séjour brésilien?

C’est de bonnes choses, parce que je suis partie dans des bonnes conditions et je suis revenue dans les meilleures autres conditions. Ce que je tire de ce séjour, c’est des bonnes choses, c’est des découvertes.

La Guinée a pris part à cette compétition à travers ses 5 athlètes qui n’ont malheureusement pas pu aller loin. De votre œil de journaliste, qu’est ce qui a réellement manqué aux athlètes guinéens ?

Personnellement je n’en veux pas beaucoup aux sportifs guinéens, parce qu’il n’y a pas eu de préparation à partir d’ici. Et moi je me suis posée tellement de questions quand je voyais les conditions dans lesquelles se trouvaient nos sportifs. Il y a rare parmi eux qui étaient coachés. J’ai eu à parler avec une d’entre eux que je me réserve de dire le nom ici, cette fille est allée jusqu’à me dire que si vous voyez que je n’ai pas eu cette place que je voulais avoir c’est parce que je n’ai pas été bien coachée. Mon coach n’est toujours pas là quand j’ai besoin de lui, pas de moral.

Quant au nageur, il est allé jusqu’à me dire qu’en Guinée il n’y a pas de piscine, c’est vrai, il n’y  a pas de piscine ici. Ce qui constitue déjà un handicap. Les athlètes guinéens aussi n’ont pas où s’entraîner si ce n’est pas au stade de Nongo. Nos sportifs se plaignaient de leur condition de vie ici en Guinée, avant d’aller à Rio et à Rio aussi ils se plaignaient parce qu’il n’y a pas eu de soutien. Je vais vous donner un exemple frappant sur le cas de Dansoko. Il a quitté Lomé pour être à Conakry. Il avait déjà commencé à se préparer à Lomé avant d’être là.

Mais lorsqu’il est venu en Guinée, il avait besoin d’un certain nombre de choses pour continuer sa préparation pour les jeux olympiques de Rio de Janeiro. Mais personne ne lui ait donné quelque chose. Il a fallu la fédération guinéenne, qui a pris tout en charge afin que le jeune ne se décourage pas et qu’il aille représenter la Guinée dans cette compétition internationale. Vous voyez ! Donc moi je dirai, ce qui est dû à cela, ce que nos sportifs n’ont pas été préparés à cette compétition et cela depuis la Guinée. Et ils sont partis à Rio trouver que ce qui se passe là bas était vraiment plus fort qu’eux, parce que c’est comme si tout était étrange chez eux.

Par exemple, celle qui a nagé et qui a été 8ème sur 8, elle a laissé sa ligne pour aller se joindre aux autres. Et lorsqu’on lui a demandé, elle dit ici en Guinée, elle dit qu’elle n’a jamais nagé dans des piscines où il y a des lignes. A qui la faute ? Est-ce que c’est aux sportifs ou bien au gouvernement qui n’a vraiment pas su encadrer ces sportifs ?

Vous qui avez côtoyé la délégation guinéenne à Rio, quel était l’état d’âme des responsables du Comité national olympique après la défaite de nos sportifs ?

Les membres de la délégation guinéenne, étaient très déçus. Déçus pourquoi ? Parce que tous les pays qui étaient représentés dans cette compétition, en particulier l’Afrique, la Guinée était le dernier pays sur tous les plans. Donc ils étaient déçus par rapport à ça, parce quand ils voyaient les autres sportifs Africains, même s’ils n’étaient pas venus pour prendre des médailles, mais ils étaient au moins préparés ce à quoi ils étaient là. Et ils y avaient des sportifs africains qui ne voyaient pas de nouvelles choses là bas. Alors que tout semblait nouveau pour les sportifs guinéens, la piscine, le terrain d’athlétisme, celle qui a fait le judo.

Cette dernière est venue et elle a refusé de combattre. Pourquoi elle a refusé de combattre ? Où était son coach ? Qu’est ce qui lui a empêché de combattre ? Elle disait qu’elle était tout le temps arrêtée, elle attendait la position défensive et tout. Mais tu ne peux pas te défendre sans un combat. Il faut un combat pour se défendre. Mais elle n’a pas voulu combattre, donc on l’a sanctionné pour refus de combattre. Et le Chef de mission est allé jusqu’à dire qu’il faut que la Guinée arrête de se faire honnir, parce que c’est une honte.

Si à chaque fois que la Guinée participe à une compétition, elle n’est jamais parmi les pays qui doivent recevoir de médailles, après combien d’années, ce n’est pas la peine. Il a dit si on ne peut pas faire comme les autres, il faudrait savoir au moins copier chez les autres. Moi je pense que ce message d’Atteph Chaloub mérite vraiment une analyse profonde qui doit nous permettre de sortir de l’ornière.

N’ayons pas honte de copier chez les autres, parce qu’en copiant chez les autres, on peut vraiment se comparer à eux. Mais si on n’a peur de faire comme eux, comment pourront nous vraiment se tenir debout et vouloir faire comme les autres. C’est impossible. Lorsque je lui ai tenu le micro, c’est ce qu’il m’a dit, parce qu’il était énervé, il y avait des gens qui l’appelaient pour dire que les sportifs guinéens sont partis pour faire une promenade de santé. Mais il était énervé, parce qu’il se disait, au lieu de rester là à faire des reproches à la délégation qui est partie accompagner ces sportifs, pourquoi n’est pas se poser la question à savoir, d’où est venu ce problème là?

Le problème ne peut pas venir directement des sportifs, que les gens se posent les questions à savoir, comment vivent sportifs guinéens. Dans quelles conditions ils sont partis représenter la Guinée ? En se posant ces questions, on peut forcément trouver la réponse et une réponse qui dira que la faute ne vient pas forcément des sportifs mais plutôt à ce ministère des Sports, disons au gouvernement, parce qu’aujourd’hui, ces sportifs vivent à travers leurs fédérations respectives et non au ministère des Sports.

Donc on peut dire que la Guinée a été juste figurant dans cette compétition au regard même des autres pays africains?

Oui, je suis d’accord. Mais ce que moi j’ai beaucoup aimé dans ça, c’est du fait que, non seulement la Guinée a été représentée même si on n’a pas eu de médaille, on sait que la Guinée est là, elle existe. Et il y a eu un défilé et dans ce défilé, ils ont eu l’occasion de valoriser la culture guinéenne, à travers l’habillement de la Guinée. Au moins c’est un avantage de faire voir la culture guinéenne. Mais, il faut savoir une chose, on n’était pas parti là bas pour faire voir seulement notre culture, les Jeux olympiques c’est aussi la compétition sportive.

 Mais on dit souvent que les jeux olympiques, c’est à la fois un événement sportif et culturel ?

Oui, c’est une façon de parler. C’est vrai que la culture a sa place dans les JO, mais c’est avant tout une compétition sportive. Sinon, pourquoi il n’y a pas eu une compétition culturelle qui permet d’attribuer des médailles aux pays qui se sont illustrés culturellement ?

Moi je me dis que ce sont des mots qui permettent juste de remonter le moral des autres, c’est –à-dire, une façon de consoler les pays qui n’ont pas eu de médailles, comme c’est le cas de la Guinée. Tu ne peux pas partir  à une compétition dans le but d’avoir des médailles d’or et qu’on te dise, comme tu n’as pas reçu ça, à travers ta culture, c’est déjà quelque chose. Je suis désolée.

D’après votre analyse, qu’est ce qui a manqué réellement à la Guinée ?

Ce qui a manqué à la Guinée c’est d’abord le soutien du ministère des Sports et la préparation. Les jeux olympiques se préparent pendant 4 ans. Et pour les prochains JO qui se tiendront en 2020 à Tokyo, c’est maintenant qu’il faut préparer cette compétition, pas en 2020. Mais comme d’habitude, on attendra jusqu’en 2020, à quelques mois de la compétition pour commencer à taper portes et fenêtres, aller de fédération à fédération pour dire qui court bien ici, qui nage bien, qui combat bien, on doit aller représenter la Guinée aux JO.

On amène des sportifs qui ne sont pas préparés pour affronter des gens qui se sont préparés pendant 4 ans et qui d’ailleurs pour la plupart, ont suivi une carrière professionnelle dans leur disciplines respectives. Alors qu’ici en Guinée, il est même difficile, voir impossible que quelqu’un fasse le sport son métier comme les autres, parce que tout simplement l’Etat, ne met pas les moyens adéquats qui permettent aux sportifs de vivre du sport. Et par contre, ailleurs, quand tu es appelé sportif du vit du sport.

A côté de ces insuffisances, en guinée, il n’y a pas de sponsor. Quand je suis allée au Brésil, je n’ai vu qu’un seul sponsor, c’est Total, un certain Monsieur Soumah. Ce qui n’est pas favorable à l’épanouissement des activités sportives dans notre pays.

Pourquoi on ne parvient pas à soutenir le sport guinéen ? Parce qu’ici en Guinée, tout ce qu’on donne comme valeur au sport, c’est le football. Et même cette discipline, quand on vous raconte comment est ce que les footballeurs guinéens vivent, vous aurez pitié d’eux. Où vont ces fonds qui sont alloués au sport ?

Que fait aujourd’hui le ministère des sports pour que ces sportifs qui se battent pour défendre les couleurs nationales ?  Il y a eu des africains qui ont eu des médailles. Pourquoi le ministère des Sports ne fait absolument rien pour ces sportifs ?

Le cas de Dansoko lorsqu’il partait en Afrique, il n’y a pas ce que la Fédération n’a pas fait pour que l’argent vient du gouvernement, impossible. Pour que Dansoko revienne en Guinée, il a fallu  que les membres de la fédération fassent une cotisation individuelle pour trouver une somme de 5 millions pour qu’il quitte Lomé. C’est ce qui a amené Dansoko en Guinée pour aller représenter le pays dans cette compétition. Lorsque j’ai tendu le micro à Dansoko, il a juste dit ‘’je suis triste, mais déçu de mon gouvernement’’.

Ce n’est pas de choses encourageantes ça. Si ces jeunes ont l’opportunité d’aller ailleurs où ils seront respectés et soutenus comme ça se doit, vous pensez qu’ils vont rester en Guinée pour défendre les couleurs nationales, non. Pourquoi tous nos meilleurs sportifs partent ailleurs ?

Il faut que le ministère des sports prenne ses responsabilités et que la Guinée arrête de faire une promenade de santé, qu’on arrête de partir pour rien. Notre ministère des sports n’avait pas d’objectif à partir d’ici, on avait déjà fait le pronostic.

Votre séjour brésilien n’a pas été que sportif, vous avez mis l’occasion à profit pour rencontrer l’artiste guinéenne, Fanta Konaté, une célébrité au Brésil, d’après de nombreux observateurs ?

Oui, ça été pour moi un  grand plaisir de rencontrer cette femme. J’étais vraiment surprise du combat que cette femme est en train de mener au Brésil. Cette compatriote qui vit au Brésil depuis 14 ans, assure aujourd’hui la formation de quelques 150 personnes. Elle donne des cours de danse guinéenne, elle apprend à ces élèves danseurs brésiliens nos différentes langues nationales,  en malinké, poular et soussou. Ce qui est une fierté pour la Guinée. C’est une grande dame, qui est fier de ce qu’elle est, et qui valorise aujourd’hui la culture guinéenne au Brésil. Elle (Fanta) a eu à me raconter une histoire que j’ai beaucoup aimée.

Au début, lorsqu’elle est partie au brésil, elle et son mari essayaient de parler de cette culture guinéenne à ces Brésiliens, au début on la prenait comme une folle et son mari, qui est Brésilien, comme un fou, parce qu’eux, ils ne connaissaient pas la culture guinéenne. Mais malgré tout, elle ne s’est pas découragée, elle a continué à combattre, et aujourd’hui, au Brésil, on ne peut pas organiser un spectacle sans penser à Fanta Konaté. Et elle ne vient jamais à un spectacle en tant que Brésilienne, mais en tant qu’Africaine et même guinéenne.

Il parait que sa présence à l’ouverture des Jeux olympiques de Rio a fait échos dans les médias 

Oui, ça fait échos dans les médias parce qu’elle s’est donnée à fonds et elle reste très célèbre au Brésil. Elle a fait comprendre aux gens que la Guinée était présente aux JO de Rio de Janeiro et qu’une artiste guinéenne est là bas et était prête à accompagner la délégation guinéenne et les sportifs et honorer de leur présence à Rio. Lorsqu’elle est venue, tout le monde est venu s’attrouper autour d’elle par sa belle voix et par le message qu’elle véhiculait.

Vous qui avez eu des entretiens avec Fanta Konaté, est-ce qu’elle a des projets pour la Guinée ?

Oui, elle a plein de projet pour la Guinée. Mais son souci c’est quoi ? Ce que depuis qu’elle est partie au Brésil, elle a fait 14 ans là bas. Elle est beaucoup plus connue au Brésil qu’en Guinée. Présentement, elle est en train de se préparer pour son tout premier album, mais elle dit qu’elle n’aimerait pas sortir cet album sans qu’il n’y aient des voix d’autres es vedettes guinéennes. Elle a donc son projet de travailler avec quelques artistes guinéens pour cet album. Ça, c’est un premier projet. Son deuxième projet, Fanta Konaté a envie de revenir au pays parce qu’elle a déjà commencé à investir à Kindia.

Elle envisage plus tard de revenir en Guinée et de faire une école de danse ici, donc elle a plein de projets pour la Guinée. Mais son problème aujourd’hui, elle a envie d’abord de s’intégrer, parce qu’elle estime qu’elle n’est pas encore suffisamment chez nous. Il y a peu des gens qui connaissent aujourd’hui Fanta Konaté en Guinée. Mais au Brésil, vous ne pouvez pas rencontrer un brésilien ou un Africain au Brésil qui ne connait pas Fanta Konaté. Mais en Guinée, ce n’est pas le cas et pourtant elle est fille de ce pays. Son tout premier combat c’et d’abord de s’intégrer et avoir des gens derrière elle qui pourront la supporter dans le combat qu’elle est en train de mener pour la valorisation de la culture guinéenne, pour que plus tard, elle parvient à réaliser ses rêves.

Vous qui avez passé quelques trois semaines à Rio de Janeiro, vous avez été finalement distinguée par le Comité national olympique, qui vous a attribué une médaille à votre retour à Conakry. Qu’est ce que cela représente pour vous en tant que journaliste?

C’est un grand honneur pour moi et pour le média que j’ai représenté à Rio. Je reste très reconnaissante de cette distinction attribuée à ma modeste personne et je profite de cette occasion pour adresser mes remerciements au Comité National Olympique pour cette initiative.

Tout à l’heure je vous disais que c’était quelque chose d’exceptionnelle. Vous savez j’ai eu une fois à suivre une formation ici avec un monsieur qui me disait qu’il ne faut jamais accepter le bien, le très bon, l’extraordinaire. Il faut se battre pour occuper toujours la première place et non la deuxième place.

De surcroit, il faut se battre pour avoir des choses exceptionnelles. Cette médaille, pour moi, elle est exceptionnelle, dans la mesure où c’est mon travail qui a été récompensé.

Et cette distinction je l’ai obtenu parce que parmi tous les journalistes guinéens qui étaient à Rio, j’étais la seule femme et qui a assurée, parce que même si j’étais l’unique femme si je n’assurais pas convenablement mon travail, à quoi bon de donner cette médaille. C’est ce qui donc m’a valu cette distinction.

Encore une fois, ça été pour moi un grand honneur qui restera à jamais gravé dans mon cœur, parce que ça fait parti désormais de mon histoire.

Nous sommes au terme de notre entretien, avez-vous un dernier mot ?

Je profite de cette occasion pour remercier  toutes ces personnes qui m’ont soutenu pour arriver à ce résultat. Je voudrais tout d’abord remercier le Rédacteur en Chef de Kababachir.com, ensuite l’Ambassade du Brésil en Guinée, qui m’a donnée cette opportunité, mais aussi et surtout, les responsables de Guineetv1 qui m’ont donné cette chance de me rendre à Rio de Janeiro, sans oublier le Chef de mission de la délégation guinéenne à Rio, M. Atteph Chaloub, et tant d’autres. Donc mon dernier mot serait de les remercier et leur dire que je les en serai toujours reconnaissante, parce qu’ils font partir aujourd’hui de mon histoire.

 

Merci Mme Diallo

C’est à moi de vous remercier

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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