Afrique de l’Ouest : « l’Ebola du manioc »

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Afrique de l'Ouest : "l'Ebola du manioc" menace la sécurité alimentaire. Les spécialistes l'appellent "Ébola du manioc" : l'Afrique de l'Ouest cherche la parade à un virus qui touche cette plante très consommée sur son sol et qui menace la sécurité alimentaire de la région, où les besoins en nourriture ne font que croître sous la pression démographique. Derrière les grilles du pôle scientifique de l'université Houphoet-boigny de Bingerville en Côte d'ivoire, se trouve le siège du programme Wave, spécialisé dans la sécurité alimentaire et financé par Bill Gates. Depuis des mois, ces chercheurs travaillent sans relâche. Leur mission : trouver un remède à cette maladie qui s'attaque au manioc.

La sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest est menacée à cause de « l’Ebola du manioc », une maladie virale qui peut détruire la presque totalité d’une récolte et qui se progage par des petites mouches blanches. Un vrai risque quand on sait que le manioc est un des aliments de base pour de nombreux Africains.

 

 

« La striure brune du manioc, une maladie virale, qui cause la perte de 90 à 100% de la production en Afrique centrale, est en train de faire mouvement vers l’Afrique de l’Ouest. C’est une menace à prendre très au sérieux », explique à l’AFP le Dr Justin Pita, directeur exécutif du programme West africain virus epidemiology (Wave), axé sur la sécurité alimentaire et financé par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Ce virus propagé par des mouches blanches mais aussi par les hommes lorsqu’ils transportent des boutures, a déjà ravagé la quasi totalité de la production de manioc en Afrique centrale et s’étend dangereusement à l’Afrique de l’Ouest. Sa virulence est telle que les chercheurs l’appelent « l’Ebola du manioc ».

Une femme cuisine l’attiéké, un mets à base de semoule de manioc cuite, le 25 juin 2018 à Affery, en Côte d’Ivoire

Or, cette plante, très nutritive, peu onéreuse et facile à cultiver, constitue l’aliment de base de près de 500 millions d’Africains. La semoule de Manioc, par exemple, accompagne des mets parmi les plus prisés, et le continent est le premier producteur mondial de cette plante. Alors le temps presse. Des variétés expérimentales ont déja été conçues. Elles doivent être testées en Afrique centrale. Mais les spécialistes en appellent à une approche régionale et demandent plus d’implication, notamment financière, de la part des gouvernements du continent alors que les besoins en nourriture ne font que croître au fur et à mesure que la population augmente. Dans les années 90, le même virus a causé la famine et la mort de plus de 3000 personnes en Ouganda.

« Nous avons d’abord construit des laboratoires, équipé des laboratoires, formé des techniciens, des chercheurs, des étudiants, parce qu’il faut avoir la capacité, les infrastructures, mais aussi les capacités intelectuelles pour pouvoir adresser ce problème. »

Le tubercule de manioc entre par exemple dans le bol de 80% des 180 millions d’habitants du Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique. L’attiéké, un mets fait à base de semoule de manioc cuite, est lui très prisé par les populations de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et du Mali, notamment, tout comme par les diasporas en France et aux Etats-Unis où plusieurs tonnes sont exportées chaque mois.

La lutte depuis le laboratoire:

 

le Dr Justin Pita, chercheur pour le programme Wave, inspecte différents plants de cassava (manioc), au laboratoire de Bingerville, près d'Abidjan, le 27 juin 2018 en Côte d'Ivoire (AFP - SIA KAMBOU)
le Dr Justin Pita, chercheur pour le programme Wave, inspecte différents plants de cassava (manioc), au laboratoire de Bingerville, près d’Abidjan, le 27 juin 2018 en Côte d’Ivoire

Aussi les chercheurs du programme Wave sont-ils à pied d’oeuvre depuis des mois pour endiguer le fléau. « Nous parlons de l’Ebola du manioc », lance le Dr Pita, rappelant qu’une famine a fait plus de 3.000 morts en Ouganda dans les années 1990 après l’apparition de ce virus. « Imaginez la Côte d’Ivoire sans manioc ou Abidjan sans attiéké, ce serait la catastrophe! »

Le programme Wave, dont le siège se trouve à Bingerville, près d’Abidjan, a été mis en place dans sept pays (Côte d’Ivoire, Ghana, Bénin, Togo, Nigeria, Burkina Faso, République démocratique du Congo).

Il prône « une approche régionale » pour combattre la maladie. La mobilisation a d’abord eu lieu au niveau des techniciens, des chercheurs et des étudiants, qui ont conçu ensemble en laboratoire « des variétés résistantes » expérimentales. Leur efficacité doit être testée en Afrique centrale, où a démarré l’épidémie.

 

L’appel aux rois:

Puis, début juin, les ministres de la Recherche de huit pays d’Afrique de l’Ouest se sont réunis à Cotonou pour mettre sur les rails « une action concertée » afin de prévenir « une crise du manioc ». Ils se sont engagés aux côtés de Wave, tandis que les rois et chefs de 12 pays d’Afrique ont aussi été sollicités, une première.

Une femme fait sécher au soleil de la semoule de manioc qui servira à préparer l'attiéké, le 22 mai 2018 à Abidjan, en Côte d'Ivoire (AFP - Sia KAMBOU)
Une femme fait sécher au soleil de la semoule de manioc qui servira à préparer l’attiéké, le 22 mai 2018 à Abidjan

« Nous, rois et chefs traditionnels, interfaces entre la population et le gouvernement, devons accompagner le programme Wave pour juguler la striure brune, à travers un plan de sécurité et de prévention déployé au niveau régional », a déclaré Amon Tanoé, le roi de Grand-Bassam, président de la chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, une institution dans le pays de l’attiéké et du placali (mets à base de manioc).

Concrètement, sont envisagés « l’arrachage des plants dans une zone infestée », « l’interdiction de voyager avec des boutures de manioc » et, surtout, un soutien à la recherche « pour lutter contre les maladies et améliorer la productivité ». À Afféry, grande région de production de manioc, à 100 km à l’est d’Abidjan, les 200 productrices locales s’inquiètent. Sanglée dans un pagne multicolore, la présidente de leur association, Nathalie Monet Apo, anticipe le pire: « L’attiéké est notre cacao (…), si la maladie apparaît ici ou ailleurs, ce sera un drame pour nos familles et notre communauté ».

« C’est grâce à la culture du manioc que j’arrive à scolariser mes quatre enfants », renchérit une autre productrice, Blandine Yapo Sopi, à proximité d’un monticule de tubercules de manioc. Récoltés sur un hectare de plantation, ils devraient lui rapporter 450.000 FCFA (environ 680 euros).

Le défi du rendement:

 

Une plante, très nutritive, peu onéreuse et facile à cultiver

Outre la menace de la maladie, les pays ouest-africains doivent aussi relever un autre défi: celui du rendement trop faible de la culture du manioc dans la région. Il « ne dépasse pas 10 à 12 tonnes par hectare, alors que son potentiel peut avoisiner 40 tonnes/ha. L’Asie affiche un rendement de 22 tonnes/ha pour la même culture », rappelle Odile Attanasso, ministre béninoise de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

« Dans le contexte de pression de démographique croissante et de pauvreté rurale qui caractérise notre région, nous n’aurons d’autre choix que de relever la productivité de cette denrée », avertit Mme Attanasso, dont le pays est gros consommateur de gari et de tapioca, une semoule et une fécule dérivées du manioc.

Les bâilleurs ont promis de poursuivre le financement du programme jusqu’en 2022. Mais les chercheurs espèrent aussi une forte implication des gouvernements africains, dont moins de 1% des budgets nationaux sont pour l’instant consacrés à la recherche scientifique.

« Elle est causée par un virus, un virus ARN, et nous avons les symptômes sur les plantes de manioc, sur les feuilles, sur les tiges sur lesquelles on a des nécroses, mais surtout sur les racines ». 

 

Sources :

sciencesetavenir.fr

jeuneafrique.com

information.tv5monde.com

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