Opinions : Bâillonnez les ethnies, récoltez l’ethnocentrisme 

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Opinions : Bâillonnez les ethnies, récoltez l’ethnocentrisme 

Et nous avons fêté. Pendant ce temps, les forces sociales se sont essoufflées. Et nous avons fêté. Pendant ce temps, l’essence est montée. Et nous avons fêté. Pendant ce temps, les politiciens nous ont trompés. Et nous avons fêté. Pendant ce temps, le port a été bradé. Et nous avons fêté. Pendant ce temps, on a continué à nous dribbler. Et nous avons fêté. Pendant ce temps, l’imam nous a insultés. Sa bêtise a été lâchée. Sa connerie a été tolérée. Par un pouvoir respirant de complicité. Puisque c’est dans sa matrice même que tels délires sont nés.

Des individus qui ont perdu le sens des réalités, se croient investis de la légitimité de tout cracher. Parce qu’ils postillonnent des sourates de fanfaronnades imbibées, ils croient que ça leur donne le droit de nous polluer. Imam qui se croit investi de toutes sortes d’autorités. Au point de penser que des inepties lui seront pardonnées. Tu t’es trompé d’époque monsieur à la tête mal enturbannée. La sagesse qui te sied a foutu le camp dès tes premiers mots prononcés. Tu t’es gouré. Tu t’es raté. Et aucun doute que tu vas te rétamer.

Parce que la Guinée dont nous rêvons a déjà tourné le dos à ce type de velléités. Et patiemment nous la construisons cette Guinée. Brique après brique de fraternité, pierre après pierre de solidarité, nous la bâtissons cette Guinée. Elle est fragile je sais. Par la faute de vous autres qui vous échinez à nous décourager. Vous êtes insidieux et vicieux dans le sabotage que vous avez concocté. Mais par nos douleurs endurées, par nos souffrances éprouvées, nous fonderons nos larmes dans le fiel de vos bêtises réitérées, pour nourrir l’espérance de notre Guinée ample de diversité.

Taisez-vous imam s’il vous plait. Retournez à l’école pour apprendre à mieux aider. Vous vous êtes égaré. Lucifer a pris possession de votre turban qui s’est rempli de saletés. En toute humilité, je vous dis que votre turban a déjà commencé à puer. D’ici je sens la souillure qui l’a infectée. Pourtant je suis loin d’être à vos côtés. Et pourtant d’ici je sens la pisse de Satan qui l’a empoisonné.

La question ethnique est devenue le balluchon qu’on ne sait plus oublier. Partout, dans l’espace public comme privé, on se sent obligé de parler d’ethnies opposées. On se sent obligé de faire ce prêche pisseux. On se sent obligé de le chanter ou le dénoncer. En fait imam, même si tu t’es fourvoyé, d’autres n’arrêtent pas de divaguer. Surtout notre président déclaré. Surtout ses opposants affirmés.

A chaque discours débité, tout le monde veut montrer qu’il n’est pas concerné. Chacun veut démontrer que c’est l’autre qui est dépravé. Les partis défendent des positions mal saucées. Ils se défendent que telle ou telle ethnie soit chez eux favorisée. Mais bizarrement une langue prédomine dans leurs AG. Soussou, poular ou maninka, le trio de tête excelle dans ce manège mal négocié. Chacun taxe l’autre d’être en tête de ce peloton insensé.

Les petits partis mal fécondés jouent la culotte de chasteté. Alors que dans le silence de l’obscurité, lorsqu’ils viennent chez les gros pour quémander, ils utilisent les mêmes arguments honteux. Et le peuple, ce peuple berné, ce peuple exulte dans cette danse dépravée. Tout le monde se défend en public d’être l’ethno auquel on veut l’assimiler. Dès qu’il se retrouve en espace ethniquement familier, il se révèle tout de suite d’être cet ethno patenté qu’il ne cesse d’abjurer. On passe notre temps à nous mentir en toute honnêteté. Et on s’étonne que les autres nous mentent et nous couillonnent à longueur de journée.

Notre pays suffoque de ces attitudes d’hypocrisie certifiée. Nos rues pullulent de faux-culs encrassés, englués dans des replis communautaires non assumés. Peut-être que si nous commencions par accepter, que la préférence de notre ethnie ne saurait signifier la haine des autres communautés, peut-être pourrions-nous couper l’herbe sous le pied de ceux qui pensent que leur famille doit tout écraser.

Peut-être devrions-nous sortir des grandes déclarations de négation de nos individuelles identités. Peut-être devrions-nous nous demander que si ceux qui ont fait de l’ethnie leur fond de commerce recyclé, ne profitent pas de notre peur d’aborder ce sujet avec lucidité, pour nous faire croire qu’ils sont les promoteurs de la nation Guinée, alors qu’en réalité ils en sont très éloignés. Si un imam ou un politicien peut raconter de telles imbécillités, c’est parce que nous avons érigé cette question en diable dont il faut se garder.

C’est parce que nous passons le plus clair de notre temps à nous justifier, à nous innocenter, à nous invectiver. Aujourd’hui, en Guinée, on ne pose presque plus la question de la compétence avérée. On se sent obligé de chercher des équilibres qu’on peut afficher. La question n’est pas : qui sait faire le job réclamé ? La préoccupation est plutôt : Des soussous y’en a assez ? Des peuls on en a sélectionné ? Des malinkés on a pu en trouver ? Des forestiers il faut en chercher. Et on essaie de saupoudrer, pour masquer l’énormité de ce faux débat engagé.

Regardons un peu les partis politiques de notre chère Guinée. Lorsque le ressortissant d’une communauté est dans le parti supposé être d’une autre communauté, c’est sur un piédestal que l’énergumène est installé. Et il est exhibé comme preuve de la diversité clamée. Tout le monde sait que c’est de la couillonnade en toute clarté, mais on fait comme si… Terrible Guinée à se mentir à elle-même depuis tant d’années.

Et cette affaire d’ethnocentrisme est devenue un joli fond de commerce pour se remplir les poches trouées. Au-delà des hommes politiques qui sont fustigés, artistes, journalistes et activistes de la société, ils empilent les projets de tout acabit qui auraient pour effet de nous rapprocher, comme si nous étions séparés. Les institutions internationales filent le fric que par nos ressources naturelles elles nous ont piqué. L’argent est bouffé, après quelques journées de teuf organisées, quelques spots diffusés.

Pauvre Guinée ! Je le dis haut et fort : arrêtons de nous couillonner. Sinon je continuerais à gueuler, parce que justement c’est la raison pour laquelle pour de vrai ils ont voulu fermer ma gueule et dégager. Alors, de là où momentanément mes bagages sont posés, je rouvre ma gueule et j’emmerde!

Soulay Thiâ’nguel - presseguinee.com

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